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Procès de Gbagbo-Blé Goudé: Les graves aveux du témoin de Fatou Bensouda



Le 23è témoin de l’accusation, du nom de Ben Soumahoro Vafing était 24 novembre 2016 au prétoire de la Cour Pénale Internationale (CPI). Après son interrogatoire par un des substituts de Bensouda, l’émissaire du RDR a subi le contre-interrogatoire de Me  Andréas O’shea, un des avocats du président Gbagbo. A cette occasion, sous le feu roulant des questions de Me O’shea, les allégations du militant du RDR se sont effondrées comme un château de cartes. Un long extrait de l’interrogatoire et du contre-interrogatoire.
 
Le juge-président : Avant de commencer, je vais vous demander de décliner votre identité.
P 230 : Je   me nomme  Ben Soumahoro Vafing, je suis né le 7 octobre 1969  à Touba et je suis de nationalité ivoirienne.
Le juge-président : Quelle est votre appartenance ethnique et votre religion ?
P 230 : Je suis Mahouka et je suis musulman.
Le juge-président : Avant de donner la parole au procureur pour son interrogatoire, je vais vous demander de prêter serment et prononcer la déclaration solennelle selon laquelle vous direz la vérité. Vous êtes ici en tant que témoin et c’est une obligation de dire la vérité. Vous n’êtes pas partie prenante dans l’affaire, donc on ne vous demande pas de prendre parti. On vous demande simplement de répondre honnêtement aux questions qu’on vous pose.
Mme Belledernikova : Avant de vous poser des questions, j’aimerais vous demander si votre déposition faite devant le bureau du procureur est véridique ?
P 230 : Oui, la déposition est véridique puisque c’est ce que j’ai vécu.
Mme Belledernikova : Monsieur le témoin, aux paragraphes 59 à 69 de votre déposition, vous  expliquez que vous avez été blessé par balle, pendant la marche sur la RTI du 16 décembre 2010. Est-ce  exact ?
P 230 : C’est exact.
Mme Belledernikova : Monsieur le témoin, je crois comprendre que la balle qui vous a touché est toujours dans votre cuisse. Est-ce exact ?
P 230 : Oui, Mme.
Mme Belledernikova : Seriez-vous en mesure d’expliquer à la cour la conséquence de cette blessure  sur votre qualité de vie depuis le jour que vous avez été blessé?
P 230 : L’impact de cette balle dans ma vie est la tragédie que je vis tous les jours. Quand, je sens des douleurs de temps à autre, il y a des souvenirs de cette barbarie de ce jour qui me reviennent automatiquement. Depuis que cette balle est en moi, je me sens diminué. J’ai eu la chance parce que la balle est logée à quelques centimètres d’un nerf. Je n’arrive pas à comprendre comment on en est arrivé là.
Mme Belledernikova : Je crois savoir que vous avez vu différents médecins ? Et parmi ces médecins, est-ce que vous vous souvenez avoir rencontré un médecin blanc, de nationalité belge  en octobre 2013?  Est-ce que vous vous souvenez avoir signé un consentement pour que ce médecin vous examine ?
P 230 : Oui, Mme.
NB : Après l’interrogatoire le  témoin du RDR,  a été soumis à son contre-interrogatoire par les avocats de la défense
Me O’shea : Monsieur le témoin, je suppose que vous avez suivi ce procès régulièrement ?
P 230 : De temps à temps, je le regarde à la télévision.
Me O’shea : Monsieur le témoin, avez-vous suivi la phase du procès au cours de laquelle la cour a demandé à l’accusation d’apporter plus de preuves ?
P 230 : Je ne sais pas si vous me posez une question ou pas, mais moi, je suis une preuve. Mon frère est mort, donc je suis une preuve.
Me O’shea : Je vous repose la question. Etes-vous informé qu’au cours de cette affaire, la cour a demandé un supplément de preuves ?
P 230 : Je ne sais pas. Moi je suis en Côte d’Ivoire. Et si votre administration a dit qu’il n’y avait pas  suffisamment de preuves, je ne suis pas au courant de ça. Ce qui est sûr, je suis une preuve vivante et je suis là.
Me O’shea : Savez-vous oui ou non que des juges de cette cour ont estimé qu’il n’y avait pas  suffisamment de preuves et qu’ils ont demandé à l’accusation d’aller en chercher. Répondez à ma question s’il vous plaît.
P 230 : Je vous ai dit que la manière dont vous gérez votre administration (….)
Le juge-président : Monsieur le témoin, je vous arrête. Je vous repose la question  de cette manière : « Savez-vous s’il y a trois ans, les juges de cette cour ont demandé à l’accusation des preuves supplémentaires ? ». Vous êtes au courant oui ou non ?
P 230 : Non et  je n’ai pas suivi ça.
Le juge-président : Me O’shea, c’est à vous.
Me O’shea : Alors pourquoi avez-vous dit aux enquêteurs du bureau du procureur la chose suivante : « Après la décision des juges de la CPI dans laquelle, ils demandaient plus de preuves, on a aussitôt fait un point de presse pour attirer l’attention du président Ouattara sur sa promesse  que justice sera faite et les victimes seront dédommagées ». Avez-vous dit cela aux enquêteurs ?
P 230 : Je suis là pour répondre à vos questions, mais je ne peux vous donner les détails, parce que je n’ai pas la tête à ça.
Me O’shea : Monsieur le témoin, est-ce que vous reconnaissez avoir fait cette déclaration aux enquêteurs du bureau du procureur, oui ou non ?
P 230 : Aujourd’hui, je ne peux avoir souvenance de toutes mes virgules et mes points. Voilà, c’est ce que je dis.
Me O’shea : Donc vous ne vous souvenez pas l’avoir dit ?
P 230 : Non, désolé.
Le juge-président : Monsieur le témoin, le bureau du procureur vous a rencontré en juillet 2013. Alors, il vous demande si à cette occasion, vous avez fait cette déclaration. Est-ce que vous avez vraiment dit cela. Et si oui, est-ce que c’est la vérité ? Il faut répondre.
P 230 : Monsieur le président, je répondrai oui, mais quand je suis en face de vous et on dit que la cour a demandé qu’on aille chercher des preuves supplémentaires et je pense à ce que j’ai vécu, ça bouillonne dans ma tête. Et c’est ce qui me fait mal.
Le juge-président : Nous vous comprenons parfaitement, mais nous sommes ici dans un tribunal  et vous avez un travail à remplir qui consiste à répondre aux questions et c’est votre rôle. Donc vous devez répondre  d’après ce que vous savez, du mieux que vous pouvez. Vous ne pouvez pas remettre en cause la procédure et les questions, vous devez répondre c’est tout et vos questions seront évaluées par les trois juges en fin de parcours.  Votre rôle est donc de répondre aux questions oui ou non. Vous comprenez ?
P 230 : Oui, monsieur le président.
Le juge-président : Me O’shea, poursuivez.
Me O’shea : A part le passage dont je vous ai donné lecture, y a-t-il d’autres éléments dont vous ne vous rappelez pas avoir dit aux enquêteurs ?
P 230 : Je vous ai dit que je ne peux pas vous donner les détails de ma déclaration.
Me O’shea : Lorsque la représentante du procureur vous interrogeait, elle a demandé si votre déclaration était véridique et vous avez confirmé que c’était bien le cas. Mais alors s’il y a des paragraphes de votre déclaration dont vous ne vous souvenez pas vous ne pouvez pas confirmer que tout est vrai ? N’est-ce pas ?
P 230 : Je vais être clair et j’espère que je ne vais pas m’emporter. Et monsieur le président, je m’adresse à vous. Cette cour est importante, donc quand on dit qu’il n’y a pas suffisamment de preuves qu’il faille chercher une aiguille dans une botte de foin, excusez-moi.
Le juge-président : Nous vous comprenons parfaitement, mais il faut que vous compreniez la procédure.
Me O’shea : Est-ce que c’est le bureau du procureur qui vous a contacté ou c’est vous   qui l’avez contacté ?
P 230 : C’est le bureau du procureur qui m’a contacté.
Me O’shea : A quel moment,  le bureau du procureur est rentré en contact avec vous ?
P 230 : Je sais que le bureau est rentré en contact avec moi et on a travaillé.
Me O’shea : Et c’était en quelle année.
P 230 : Je ne peux pas me rappeler la date exacte, mais on a travaillé pendant des années.
Me O’shea : Et combien de fois vous vous êtes rencontrés ?
P 230 : Plusieurs fois.
Me O’shea : Et chacune de ces rencontres, est-ce que vos propos vous ont été relus ?
P 230 : Oui, bien sûr.
Me O’shea : Avez-vous signé plusieurs déclarations ?
P 230 : Oui, j’ai signé plusieurs documents
 
Le juge-président : Encore une fois, je vous recommande de répondre aux questions sans discuter. Il suffit de répondre dans la mesure de ce que vous savez. Dites la vérité et répondez simplement.
Me O’shea : M. le témoin, lorsque vous avez entendu que les juges, au moment de la confirmation, avaient demandé à l’accusation de réunir davantage d’éléments de preuves. Est-ce que vous avez remis à l’accusation des éléments de preuves autres que votre déclaration.
P.230 : Non
Me O’shea : Au cours de votre rencontre avec les membres du  bureau du procureur, avez-vous donné des noms de témoins qui pourraient être utiles à l’accusation ?
P.230 : Oui, j’ai donné des noms de certaines personnes qui ont vécu ces faits avec moi.
Me O’shea : Est-ce que vous avez donné beaucoup de noms ou juste quelques-uns ?
P.230 : Dans ma déposition, il y a plusieurs noms qui apparaissent.
Me O’shea : Je souhaite que l’on remette au témoin une feuille de papier vierge s’il vous plaît !
Le juge-président propose plutôt que le témoin écrive directement sur l’écran au lieu d’une feuille de papier.
Berdine Nikova : Je voudrais demander que cela reste confidentiel.
Le juge-président : Pourquoi ?
Me O’shea : En fait ma consœur a raison. Moi-même j’allais le demander.
Le juge-président : Il faut d’abord savoir ce qu’il va écrire et après on décidera.
Me O’shea : Je crois que ma consœur n’avait pas besoin de sursauter parce qu’elle a tout à fait raison et j’allais justement demander que cela reste confidentiel.
Le juge-président : Comme je ne sais pas de quoi il s’agit.
Me O’shea : Est-ce que nous sommes prêts ? Lorsque nous aurons terminé, on pourra éventuellement déclassifier le document si nous estimons que cela peut être diffusé au public. Pourriez-vous s’il vous plaît, écrire les noms des témoins que vous avez proposés à l’accusation.
P.230 : Je ne comprends pas bien la question.
Me O’shea : Je vous demander d’écrire les noms des personnes que vous avez suggérées au procureur comme d’éventuels témoins dans ce procès.
Le juge-président : M. le témoin, ne rendez pas les choses plus compliquées que nécessaire. Vous avez donné des noms comme éventuels témoins au bureau du procureur. Ce sont ces noms-là que nous vous demandons.
Mac Donald : Je crains que la question soit difficile à comprendre. Le témoin a donné une déclaration, il a relaté des faits…
Le juge-président : Moi non plus je ne comprends pas très bien mais on verra. On va laisser le témoin écrire sinon on va semer la confusion.
Le témoin prend un marqueur et écrit des noms des personnes dont il se souvenait
Me O’shea : Je voudrais demander à l’assistante du greffe de numéroter les noms. Ce qui facilitera les questions qui suivent. Nous voulons pour l’instant garder cette liste confidentielle. Donc si vous voulez parler de l’un ou l’autre nom, je vous prie d’utiliser les numéros situé à gauche de chaque nom. Est-ce que vous avez compris ?
P.230 : OK !
Me O’shea : Voici ma question. Avez-vous parlé à l’un ou l’autre de ces cinq témoins du fait qu’il pourrait témoigner pour le bureau du procureur.
P.230 : Non !
Me O’shea : Avez-vous demandé à quelqu’un d’autre de le faire ? Savez-vous si l’un ou l’autre de ces cinq (5) ont par la suite parlé avec le bureau du procureur ?
Le témoin reste évasif
Me O’shea : On peut verser ce document au dossier à ce stade si vous voulez bien M. le président.
La greffière d’audience : Le document portera le code CIVREG0010127.
Le juge-président : Merci, Me O’shea :
Me O’shea : Vous nous avez expliqué que vous avez eu au fil des années des contacts avec le bureau du procureur ? Est-ce que quand vous voulez parler au bureau du procureur, vous prenez attache directement avec lui ou vous parlez d’abord avec quelqu’un d’autre pour transmettre vos préoccupations ?
P.230 : Contact direct puisqu’il y a une question de confidentialité.
Me O’shea : Sans donner le nom de la personne avec qui vous étiez en contact, quelle était la fonction de cette personne en fonction de qu’elle vous aurait dit ?
P.230 : J’ai croisé beaucoup de personnes. Elles se changeaient en permanence. Je ne rencontrais pas la personne.
Me O’shea : Y avait-il une personne au sein de votre parti politique, le RDR, qui était celle qui coopérait avec le bureau du procureur au nom du parti ?
P.230 : Ça je ne sais pas.
Me O’shea : Vous avez déclaré que le RDR est créé depuis 1994 et que vous êtes membre depuis sa création. Est-ce que vous êtes dans le groupe des membres fondateurs ?
P.230 : Je ne suis pas un membre fondateur
Me O’shea : En quelle année vous avez occupé un rôle officiel au sein du RDR ?
P.230 : En 1994.
Me O’shea : En 1994, quelle était votre fonction au sein du RDR ?
P.230 : Je suis président du comité de base. Oui, j’occupe toujours ce poste mais il y a eu d’autres changements. Dans ma région, j’étais chargé de la coordination et de la mobilisation, la région du Bafing.
Me O’shea : En 2010, quels étaient les rapports entre votre parti et les rebelles ?
P.230 : Je ne saurais vous le dire mais pourquoi voulez-vous que mon parti ait des rapports particuliers avec des rebelles.
Me O’shea : Eh bien, quels étaient les rapports entre le RDR et les rebelles en 2010 ?
P.230 : J’ai répondu pour dire que pourquoi vous voulez que nous ayons des rapports avec la rébellion ?
Me O’shea : Vous êtes en mesure de répondre à cette question, n’est-ce pas ?
Le juge-président : Ce n’est pas à vous de poser les questions M. le témoin. Une question vous a été posée et Me O’shea vous dit que vous êtes en mesure de répondre. Donc vous devez simplement répondre à cette question. (…)
Me O’shea : Etes-vous en train de dire sous serment qu’il n’y avait aucun rapport entre les rebelles et le RDR en 2010 en Côte d’Ivoire. Est-ce que vous êtes en train de dire sous serment ?
P.230 : Oui, c’est ce que je suis en train de dire.
Me O’shea : Vous allez jusqu’à dire qu’il n’y avait aucune coopération entre le RDR et les rebelles ?
P.230 : Je vous dis oui, il n’y avait pas de coopération.
Me O’shea : Etes-vous en train de dire sous serment qu’il n’y avait pas de réunions entre les responsables du RDR et les rebelles ?
P.230 : Non ! Nous on fait nos réunions à la rue Lepic à Cocody, Abidjan.
Me O’shea : Mais votre parti politique et les rebelles adhéraient au même objectif ... c’est-à-dire prendre le pouvoir. N’est-ce pas ?
P.230 : Puisque je ne connaissais pas leur objectif.
Me O’shea : Est-ce que vous êtes en train de dire à cette chambre, vous président d’un comité de base depuis 1994 à aujourd’hui, vous ne saviez pas les objectifs des rebelles en Côte d’Ivoire ? Est-ce que c’est ce que vous êtes en train de dire sous serment ?
P.230 : (…) On avait des alliés mais pas dans la rébellion. La rébellion fut formée par un groupe d'ivoiriens non solidaire du RDR et qui ont décidé de prendre les armes. Elle était sous les commandes de Guillaume Soro. Je suis du RDR et non de la rébellion. Si vous voulez avoir des réponses sur la rébellion, convoquez Soro. Maintenant, si vous insistez, voilà ce qu’on nous a dit. On nous a dit que Soro et Wattao ont éventré des femmes, tué des enfants et brûlé des villages entiers.
Me O’shea : Qui étaient les autres dirigeants rebelles ?
P 230 : La rébellion était patronnée par M. Guillaume Soro qui avait son secrétariat. Maintenant, vous voulez que je donne l’organigramme ? Comment ça fonctionnait ? Je ne faisais pas partie.
Le juge-président : On ne vous demande pas l’organigramme de la rébellion. On veut juste savoir si vous connaissiez d’autres chefs de la rébellion, à part Soro.
P 230 : A part Soro, il y avait MM. Wattao, Koné Zacharia
Me O’shea : Aviez-vous rencontré Guillaume Soro en 2010 ?
P 230 : Non.
Me O’shea : Aviez-vous rencontré M. Wattao en 2010 ?
P 230 : Non.
Me O’shea : En 2011 aviez-vous rencontré ces deux messieurs ?
P 230 : Je n’ai rencontré aucun membre de la rébellion.
Me O’shea : En 2010, auriez-vous rencontré des personnes  ayant été en contact avec M. Soro et M.Wattao ?
P 230 : Il y a des gens qui allaient dans la zone rebelle et revenaient, donc je peux avoir rencontré des personnes qui allaient dans la zone de Soro et qui revenaient, pourquoi pas ?
Me O’shea : Et qu’en est-il des personnes de la hiérarchie de votre parti. Est-ce que vous saviez si des personnes de la hiérarchie de votre parti pouvaient avoir rencontré Soro ?
P 230 : Non.
Me O’shea : Alors d’où vient le mot ’’Grin’’
P 230 : Le Grin est un lieu où des gens se rencontrent pour échanger sur tous les sujets.
Me O’shea : Combien de grins trouve-t-on à Abidjan ?
P 230 : Je n’ai pas le chiffre exact.
Me O’shea : Est-ce que vous rendiez à des grins bien précis ou est-ce que vous vous rendiez à tous les grins d’Abidjan?
P 230 : Je me rendais à des grins bien précis, des grins significatifs. Je ne me pouvais pas me rendre à des milliers de grins.
Me O’shea : Donc il y a des milliers de grins à Abidjan ?
P 230 : Sur toute l’étendue du territoire, il y a plus de 25.000 grins. Adjamé, Abobo, Cocody, Marcory, Treichville, Koumassi etc.
Me O’shea : En 2010, est-ce que vous vous rendiez aux grins d’Abobo ?
P 230 : Oui.
Me O’shea : Et où se trouvent ces grins à Abobo.
P 230 : Au quartier Habitat, il y a au moins quatre (4) grins. Il y a aussi Derrière Rail, Clouétcha etc.
Me O’shea : Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnaient ces grins.
P 230 : Les grins fonctionnent avec un système de communication qu’on appelle téléphone arabe, c’est-à-dire de bouche à oreille. Avant, on était dans la clandestinité, aujourd’hui, nous fonctionnons comme une ONG
Me O’shea : Et où se trouvaient les grins précis où vous rendiez ?
P 230 : Les grins significatifs il y en a dans tous les grands quartiers d’Abidjan.
Me O’shea : Et de quelle période parlez-vous au juste ?
P.230 : La période où la rébellion s’est déclenchée et moi je ne maitrise pas ces dates-là.
Me O’shea : Mais  en 2009, est-ce que les rebelles occupaient le Bafing ?
P.230 : Les rebelles étaient là où ils étaient jusqu’aux élections parce que dans les accords, le nouveau président devrait réunifier le pays si mes souvenirs sont bons. Et chaque camp avait son territoire.
Me O’shea : Ma question est de savoir si les rebelles occupaient la région du Bafing. Oui ! C’est ça votre réponse ?
P.230 : Exact !
Me O’shea :  Merci M. le témoin mais est-ce que vous viviez dans votre région le Bafing en 2009 ?
P.230 : Pas en 2009, je suis allé avant.
Me O’shea : Et en 2010, vous y êtes allé, dans votre région de Bafing ?
P.230 :  Non !
Me O’shea : Mais en 2010, où étiez-vous en train de mobiliser la population ? Et qui mobilisait la population dans le Bafing ?
P.230 : Lorsque le RDR a été créé, je militais à Abidjan. Mais quand il a fallu qu’on étende notre toile d’araignée, je suis allé mobiliser chez moi. Et c’est ce que j’ai fait et on m’a confié le poste de mobilisation à l’époque. Quand on a fini d’installer les sections et les comités locaux, quand on a fini cela, je suis revenu à Abidjan et j’ai continué à militer à Abidjan.
Me O’shea : Et comment avez-vous mobilisé la population à Abidjan ? Par quels moyens ?
P.230 : Le moyen le plus simple que nous avons, c’était d’aller voir les populations, expliquer les idéaux du parti, expliquer ce que nous allons apporter de plus si nous arrivons au pouvoir. Donc c’était la communication, on dialoguait, on échangeait, on formait ceux qui étaient avec nous et qui relayaient aussi les informations.
Me O’shea : Personnellement, est-ce que vous avez fait des discours à la population ? Dans ces discours, est-ce que vous critiquiez le président de la République ?
P.230 : Comme tout parti politique, on critiquait les présidents. On a critiqué le PDCI puis le général et après on a critiqué le président Gbagbo. C’est le rôle du parti politique.
Me O’shea : Et qui finançait cette mobilisation ?
P.230 : Il fallait avoir des cartes et chaque section se prenait en charge et de temps à autre, la direction venait à notre appui. Chaque base se prenait en charge parce que nous étions des hommes de conviction. Et on a fonctionné ainsi.
Me O’shea : En 2010, combien de marches aviez-vous organisées ?
P.230 : Je ne saurai vous le dire. On a toujours organisé des marches lorsque l’occasion se présentait.
Me O’shea : Lorsque les marches étaient organisées, y avait-il une coordination quelconque avec les chefs des rebelles ? Est-ce qu’on avertissait les chefs rebelles pour leur dire qu’une marche allait avoir lieu ?
P.230 : Non !
Me O’shea : En 2010, qui étaient les chefs rebelles ?
Mac Donald : Je sais que vous n’avez pas donné de consignes particulières en ce qui concerne la direction des questions. Tout le monde connait la réponse. Tout le monde connait les chefs rebelles.
Me O’shea : J’interromps mon confrère, je pose mes questions avec des buts bien précis. Pour poursuivre, il faut que le témoin quitte la pièce.
Mac Donald : Je n’ai pas besoin de ça.
Me O’shea : Vous faites obstruction à mon questionnaire.
Le juge-président : Arrêtez-vous tous et à présent on peut continuer puisqu’il s’agit de questions posées par la partie non appelante. J’ai donné des consignes pour circonscrire les choses mais ce ne sont pas les mêmes consignes que j’ai données hier puisqu’il s’agissait d’un témoin vulnérable. Je vous demande de poursuivre Me O’shea. Rappelez-vous quand même mes propos du début. Vous voulez dire quelque chose M. le témoin
P.230 : Je veux aller aux toilettes si c’est possible. J’ai un besoin pressant.
Le juge-président : Oui, oui, allez-y c’est l’appel de la nature.
Me O’shea : cela me donne l’occasion de dire quelque chose. Bien entendu, l’objectif de mes questions n’était pas de savoir les noms des chefs rebelles. C’était de voir la réaction du témoin afin de permettre à la chambre d’évaluer cette réaction dans des buts ultérieurs.
Peu de temps après, le témoin revient dans la salle d’audience.
Le juge-président : Ça va mieux M. le témoin ?
P.230 : Très bien !
Le juge-président : Me O’shea c’est à vous.
 
Me O’shea : Avez-vous participé à l’organisation de la marche du 16 décembre 2010 ?
P 230 : Je suis issu d’un parti faisant partie d’une coalition appelée RHDP qui a lancé un mot d’ordre et chacun  s’est organisé à sa façon.
Le juge-président : Monsieur le témoin, quel a été votre rôle dans l’organisation de cette marche ?
P 230 : Mon rôle était de mobiliser mes amis, les militants et les sympathisants. Donc j’ai participé  à l’organisation de la marche.
Me O’shea : Le mot d’ordre que vous avez  reçu est-il écrit ou oral ?
P 230 : Le mot d’ordre pouvait être transmis à la télé ou à la radio, dans les journaux, donc c’était un communiqué.
Me O’shea : Quel était ce mot d’ordre ?
P 230 : Le mot d’ordre était d’aller dire aux yeux du monde que nous n’acceptons pas la forfaiture. Et qu’il fallait aller libérer la RTI pour que tous les autres citoyens de la Côte d’Ivoire puissent y avoir accès. La RTI est un média d’Etat.
Me O’shea : Le mot d’ordre était de libérer la RTI ?
P 230 : Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que nous voulions faite entendre un autre son de cloche.
Me O’shea : Qui a donné les ordres ?
P 230 : Le RHDP
Me O’shea : Qui précisément au sein du RHDP ?
P 230 : Le communiqué émanait de la direction du RHDP. Ce jour là il y avait M. Guikahué et Mme Ouloto qui ont parlé. Puisqu’il y avait une télé au Golf. Et nous avons respecté à la lettre le mot d’ordre. Si c’était à refaire, on allait le refaire mille fois, voire des milliards de fois.
Me O’shea : Quel était le but final de cette marche ?
P 230 : Nous partions à la RTI pour protester.
Me O’shea : Le but final n’était-il pas de la prendre de force ?
P 230 : Non.
Retranscrit par Jean Yves Bitty et Elvis Gouza
Vendredi 25 Novembre 2016


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