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Procès de Gbagbo-Blé Goudé: Le général Kassaraté confirme les attitudes néocoloniales de la France

Une gendarmerie sous équipée et en sous effectifs. Le triste aveu a été fait hier par le général Kassaraté, ancien commandant supérieur d’un corps pourtant d’élite dans notre pays. Un pays sous tutelle et sous surveillance de la France. Un bureau des services secrets français est installé à la présidence de la République ivoirienne pour espionner les dirigeants du pays. C’est ainsi depuis Houphouët-Boigny à Amlassane Ouattara en passant par Henri Konan Bédié, Robert Guéi et Laurent Gbagbo. C’est le grand secret dévoilé hier par l’ex-chef d’Etat major particulier de Gbagbo.



Juge président : Bonjour. Peut-on considérer que le bureau du procureur a terminé son interrogatoire ?
Mc Donald : M. le président, il nous reste deux ou trois questions. Ça devrait prendre juste 5mn.
Juge président : 5 mn, Très bien ! La parole est au bureau du procureur. Mais une chose, pour faire en sorte que l’ordre règne, les deux équipes doivent faire en sorte que seules les personnes chargées de l’interrogatoire ou du contre interrogatoire  soient  celles qui se lèvent. Je vous remercie.
Mc Donald : Merci M. le président. J’aimerais terminer sur le sujet de votre signature. Hier, le bureau du procureur, dans ses questions, revenait sur votre 2ème entretien relatif à votre déclaration antérieure, retranscrit n°008-0245, page 0215. Je me rends compte que c’est moi-même qui vous ai posé la question. Elle était la suivante : « Vous reconnaissez ce document ? » Votre réponse : « Oui, je l’ai signé ». M. le témoin, ma question est la suivante : est-ce qu’à quelque moment que ce soit,  dans votre 2ème entretien, vous êtes revenu sur cette réponse pour préciser que ce n’était pas votre signature ?   
Kassaraté : Je réponds, sous le sceau de mon serment, que nous n’avons jamais discuté de ma signature. On a discuté du fond du document. Et vous m’avez demandé pourquoi je répondais au nom des FDS. J’ai dit que certainement, le ministre a dû me demander d’apporter des éclaircissements par rapport à ces documents. C’est ce que j’ai dû faire. Vous et moi, nous n’avons jamais discuté de la signature.
Mc Donald : Ecoutez bien ma question. Est-ce qu’à quelque moment que ce soit, lors du 2ème entretien avec le bureau du procureur, vous avez dit, ce n’est pas ma signature.
Kassaraté : Je réponds à votre question. Ce document ne m’a été montré qu’une seule fois. Et nous n’avons parlé que du contenu du document.
McDonald : M. le président, je ne crois pas que le témoin réponde à la question qui lui a été posée avec précision. Donc je voudrais votre persistance pour poser cette même question.
Juge président : C’est bien ce que je pensais. Vous ne répondez pas à la question du procureur. La question était, au cours de cette entrevue, est-ce qu’à un moment donné, vous avez dit que ce n’était pas votre signature ?
Kassaraté : Je dis non ! Et je répète, avec votre permission, que nous n’avons jamais parlé de signature. Sauf du contenu du document.
Juge président : Très bien, je vous remercie.
Mc Donald : Par la suite, jusqu’au moment où vous venez témoigner ici, la semaine dernière, est-ce qu’à quelque moment que ce soit, vous avez communiqué avec le bureau du procureur, pour les informer qu’il ne s’agissait pas de votre signature qui était sur ce document? Ne regardez pas la défense !
Kassaraté : Je ne regarde pas la défense.
Juge président : J’ai déjà dit au témoin qu’il ne devait pas regarder du côté de l’équipe de la défense. Ce qu’il a fait plusieurs fois, depuis quelques jours.
Mc Donald : Je vais répéter encore une fois ma question, qui est simple et précise. Avant de venir témoigner ici la semaine dernière, est-ce qu’à quelque moment que ce soit, vous avez communiqué au bureau du procureur, qu’il ne s’agissait pas de votre signature sur ce document ?
Kassaraté : Avant de venir témoigner, je n’ai pas eu de contact avec le bureau du procureur. Sauf qu’on m’a  installé dans un hôtel.
Mc Donald : Et finalement, la première fois que vous mentionnez qu’il ne s’agit pas de votre signature, c’est ici, lors de votre témoignage. C’est exact ?
Kassaraté : C’est exact.
Mc Donald : M. le président, nous avons terminé notre interrogatoire.
Juge président : Je vous remercie. Me Zokou.
Me Zokou : M. le président, je me suis levé, pas pour porter un jugement sur la façon d’interroger de l’ éminent confrère. Je n’ai aucune leçon à lui donner à cet égard. Mais hier, avant de partir, nous avions constaté de sa part, une attitude non seulement méprisante, mais menaçante à l’égard du témoin. Nous sommes revenus ce matin, nous n’avons pas voulu revenir là-dessus. Et devant vous, il se permet à nouveau de s’adresser au témoin, en mettant en cause celui-ci. Cette attitude n’est pas convenable. Il ne lui appartient pas de faire la police des débats.
Juge président : Je pense qu’il ne faut revenir sur ce qui s’est passé hier. Au contraire, continuez l’interrogatoire dans la sérénité. Le témoin est là. Il connait son devoir et doit être traité avec respect par tout le monde. Si quelqu’un dépasse les limites, j’interviendrai. Me Knoops.
Me Knoops : M. le président, une observation. Nous regrettons l’avis du président et des juges pour que le témoin ne regarde pas du côté de la défense avant de parler. Cela laisse entendre, peut-être, que le témoin nous consulte.
Juge président : Vous avez mal compris. J’ai fait une remarque factuelle ; car j’ai constaté que le témoin regardait dans cette direction. Je n’ai pas parlé de la défense.
Me Knoops : Je vous remercie.
Juge président : Je vais maintenant donner la parole à la défense de M. Gbagbo qui va interroger le témoin.
Me Altit : Merci et bonjour M. le président. Bonjour à tous et bonjour M. Kassaraté. Je suis Me Altit, avocat principal de M. Laurent Gbagbo. Je vais vous poser une question. Vous nous avez dit à plusieurs reprises, dans votre témoignage, que vous étiez en sous effectif. Vous vous souvenez ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : A une question du procureur relative aux effectifs totaux de la gendarmerie, vous avez mentionné le chiffre de 17.000 hommes. Vous en souvenez-vous ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Est-ce que ces 17.000 hommes étaient répartis sur tout le territoire qui était sous contrôle du gouvernement ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Sur ces 17.000 hommes, combien étaient-ils mobilisables, à cette époque ?
Kassaraté : Merci beaucoup. Les effectifs mobilisables sont ordonnés par l’Etat major. Il dit police donnez tant ; gendarmerie donnez tant. Mais nous n’arrivons jamais à atteindre les effectifs que l’Etat major nous demandait d’envoyer sur le terrain, sous le contrôle du CCI (Centre de commandement intégré qui, avant les élections de 2010 , comprenait des éléments des FDS  et des éléments de l’ex-rébellion, NDLR).
Me Altit : Si l’on considère que l’état major compte sur tous les hommes mobilisables, combien cela pourrait représenter sur les 17.000 ?
Kassaraté : Je ne saurais le dire avec exactitude. Mais il fallait dégager tant, pour les forces armées qui étaient au sud ; pareil pour nos frères d’armes qui étaient au nord. Donc c’est de commun accord que les deux parties, sous le contrôle du CCI, arrêtent les effectifs à mettre sur le terrain.
Me Altit : A une heure précise de la journée, combien de gendarmes, sur le territoire sous contrôle du gouvernement, étaient en service sur les 17.000 ou 15.000 hommes ?
Kassaraté : Nous avons là, deux situations. Il y a les effectifs demandés par l’Etat-major ; et il y a le travail normal des autres gendarmes qui sont sur le territoire gouvernemental. Mais on ne prend pas tout le monde.
Me Altit : Je veux dire, à cette époque, combien de gendarmes, toutes tendances confondues, étaient en service sur le territoire gouvernemental ?  Une approximation me suffit.
Kassaraté : Pratiquement les 2/3 sont en service dans les brigades, les escadrons, sur toute l’étendue de la zone sous contrôle gouvernemental.
Me Altit : Disons à peu près 8.000 hommes. Ça vous semble exact ?
Kassaraté : Oui maître.
Juge président : 2/3 de 17.000, ça ne fait pas 8.000 ; mais 10.000 11.000.
Me Altit : C’est exact. M. le témoin donc le chiffre peut tourner autour de 10.000 hommes ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Ces 10.000 hommes sont censés s’occuper d’une population de combien d’habitants, à peu près dans l’ensemble du territoire ?
Kassaraté : Question difficile. Mais la Côte d’Ivoire fait environ 20 à 22 millions d’habitants. Les 2/3 du pays étant occupé, donc sur le 1/3 restant, vous pouvez diviser 20 millions par trois pour voir à quoi peut correspondre le 1/3. Encore que le 1/3 du pays est plus peuplé que le nord.
Me Altit : Donc il y a plus d’habitants au sud qu’au nord. C’est bien ça ?
Kassaraté : Il y a plus une forte densité de population au sud qu’au nord.
Me Altit : De façon approximative, ces 10.000 gendarmes dont on parle, doivent s’occuper de combien de millions de personnes à peu près ?
Kassaraté : De 10 12 ou 15 millions.
Me Altit : Par rapport aux normes internationales, est-ce que cela fait un faible ratio ?
Kassaraté : Un très faible ratio.
Me Altit : Si l’on prend la ville d’Abidjan elle-même, combien de gendarmes en service à l’époque au même moment, sur la base de ces calculs ?
Kassaraté :         Pour être beaucoup plus proche de la réalité, il faut que je vous dise qu’à Abidjan, nous avons cinq escadrons. Sur la moyenne de 100 par escadron, ça fait déjà 500 personnes. Nous avions à peu près cinq ou six brigades, avec un effectif de 20 à 50 gendarmes. Si on multiplie, on aura à peu le chiffre. Le reste ce sont des administratifs.
Me Altit : Sur les 20 à 50 gendarmes, combien sont en service en même temps ? 1/3 ou 2/3 ?
Kassaraté : 2/3.
Me Altit : Si je comprends bien ce que vous venez de dire, il y avait à peu près 700 ou 800 gendarmes à Abidjan, de façon théorique ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Sur ces 700 ou 800, combien pouvaient être, au même moment, en service au début de la crise ? 2/3 des 700 ou 800 ?
Kassaraté : Affirmatif
Me Altit : Est-ce que c’est juste de dire que l’effectif réel était de 500 ou 600 personnes ?
Kassaraté : On peut le dire.
Me Altit : Ces 500 ou 600 personnes devaient s’occuper de combien d’habitants à Abidjan, à peu près?
Kassaraté : Abidjan fait à peu près 2 .000.000 d’habitants. Et la sécurité publique dépend principalement de la police ; et en second lieu de la gendarmerie. Parce que la ville appartient à la police.
Me Altit : Le ratio gendarme/habitant était-il faible, conformément aux normes internationales ?
Kassaraté : Pratiquement dire très faible.
Me Altit : Alors, est-ce que c’est parce que vous étiez en sous effectif, que vous nous expliquiez que la police et la gendarmerie collaboraient pour faire face aux besoins ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Vous êtes devenu commandant supérieur de la gendarmerie en 2005. C’est ça ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Est-ce que les effectifs de la gendarmerie sont restés les mêmes entre 2005 et le début de la crise en 2010 ?
Kassaraté : Pratiquement c’est les mêmes effectifs.
Me Altit : Est-ce que vous pouvez nous rappeler exactement les effectifs de chacune des légions au début de la crise ?
Kassaraté : Les légions n’ont pas les mêmes effectifs. Les légions d’Abidjan sont plus étoffées en effectifs, celles de l’intérieur le sont moins.
Me Altit : Vous aviez dit que vous n’aviez pas de véhicules pour accomplir vos missions. C’est bien ça ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Est-ce que vous  savez, de manière approximative, quel était le nombre de véhicules à la disposition de la gendarmerie d’Abidjan, le jour du second tour de l’élection présidentielle ?
Kassaraté : Je peux vous dire qu’au niveau des brigades, il y en a 5 ; 6 ou 8. On peut compter un véhicule par brigade. Au niveau des escadrons, 2 ou 3 véhicules au maximum.
Me Altit : Sauf erreur, cela fait 14 véhicules au total. C’est ça?
Kassaraté : On peut le dire.
Me Altit : Ces véhicules dont vous parlez, qu’est-ce que c’est ?
Kassaraté : Je vous ai dit que nous avons trois types de véhicules.
Me Altit : La question porte sur les 14 véhicules dont vous parlez.
Kassaraté : Ce sont des véhicules normaux. Des véhicules de transport de troupes : des bâchés et pick-up.
Me Altit : Les 14 véhicules sont des pick-up. C’est ça ?
Kassaraté : Non. Il y a des véhicules de transport de troupes. Une cabine et l’arrière. Des bâchés, une cabine et derrière avec une bâche.
Me Altit : Donc ça, c’était tous les véhicules de la gendarmerie à Abidjan. A l’exception des véhicules blindés. Est-ce que c’est ça ?
Kassaraté : Je pouvais y ajouter, il faut y extraire les véhicules de commandement. Ceux qui sont au bureau ont leurs véhicules pour aller au travail. Mais ce ne sont pas des véhicules pour aller sur le terrain.
Me Altit : Ces 14 véhicules étaient-ils  tous en état de fonctionnement ?
Kassaraté : Négatif.
Me Altit : A Agban, on appelait ça le cimetière des véhicules. Ils étaient en panne pratiquement. Donc il y avait combien qui fonctionnaient ?
Kassaraté : Disons la moitié, 7 ou 8.
Me Altit : A ces véhicules normaux, il faut ajouter des véhicules blindés à la disposition de la gendarmerie. Est-ce que c’est ça ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Alors, ces véhicules blindés, combien étaient-ils en état de fonctionnement à Abidjan, au début de la crise ?
Kassaraté : Je crois, pas plus que 4.
Me Altit : A un moment de votre témoignage, avec  l’accusation, vous avez parlé de 7 véhicules qui avaient été offerts à la gendarmerie par des conseils régionaux.
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Par quels conseils régionaux ?
Kassaraté : Nous avons reçu un véhicule du conseil régional d’Aboisso, au sud-est d’Abidjan. A l’intérieur également, les conseils régionaux, les mairies et autres participent à l’effort de sécurisation. Et quand ils paient, ils les donnent à une brigade ou un commissariat de police. Même maintenant, ils le font.
Me Altit : La gendarmerie d’Abidjan a reçu un véhicule sur les 7 dont vous parlez.
Kassaraté : Non, c’est Aboisso. Le conseil a donné un véhicule à la brigade d’Aboisso. Les autres véhicules sont des acquisitions de l’Etat offertes à la gendarmerie.
Me Altit : La gendarmerie d’Abidjan a-t-elle reçu 7 véhicules ?
Kassaraté : Oui, ce sont des dotations normales de la gendarmerie.
Me Altit : Puisqu’il s’agit d’une dotation normale, ces 7 véhicules dont vous parlez,  sont inscrits dans le parc normal de la gendarmerie, ou d’autres de ces véhicules ont-ils été comptés parmi les 14 véhicules de la gendarmerie d’Abidjan ?
Kassaraté : C’est exact.
Me Altit : Et vous pouvez nous confirmer qu’il s’agissait de pick-up ?
Kassaraté : Il y a une partie qui sont des pick-up et une autre composée de véhicules de transport de troupes. On appelle ça VTT.
Me Altit : Au début de la crise, est-ce que vous aviez des problèmes de carburant ?
Kassaraté : Non, avant et pendant. On n’a jamais eu de carburant dont on a besoin pour faire nos services.
Me Altit : Vous voulez dire avant et pendant la crise ?
Kassaraté : De tout temps.
Me Altit : Est-ce ça vous empêchait d’effectuer vos missions ?
Kassaraté : Ca ne nous empêchait aps. Mais cela demandait beaucoup d’efforts aux gendarmes de Côte d’Ivoire. Ils étaient obligés eux-mêmes d’acheter du carburant, des motocyclettes avec lesquelles ils allaient effectuer les services de l’Etat de Côte d’Ivoire.
Me Altit : C’était de tout temps et pas seulement durant la crise ?
Kassaraté : Exactement, de tout temps. Et à l’heure H, cela peut se vérifier. Ils sont sur le terrain, quelques fois sur des mobylettes qu’ils ont eux-mêmes achetées.
Me Altit : Quand vous dites à l’heure H, vous voulez dire qu’aujourd’hui même ça se vérifie ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Vous avez dit aussi que vous étiez sous-équipés. C’est cela ?
Kassaraté : Oui !
Me Altit : Est-ce que ça veut dire que les gendarmes ne disposaient pas chacun d’un pistolet ?
Kassaraté : Négatif. Jamais.
Me Altit : Votre réponse, c’est que vous ne disposez pas de pistolet. C’est ça ?   
Kassaraté : Il y avait quelques armes. Des pistolets, marque 15. Il y en avait 2 ou 3 par brigade, pour 20 à 50 personnes.
Me Altit : Très clair. Pour ces 2 pistolets pour une brigade entière de 20 à 50 personnes, y avait-il des munitions ?
Kassaraté : Oui !
Me Altit : Est-ce qu’une brigade ou d’autres unités de gendarmerie disposait de kalachnikov ou d’armes lourdes ?
Kassaraté : Les escadrons de gendarmerie avaient des kalach et toujours en nombre insuffisant.
Me Altit : Donnez-nous un exemple. Soit tel escadron avait combien de Kalach ?
Kassaraté : Je n’ai pas l’état du matériel sous les yeux. On peut compter 10 ou 15 par escadron. (…)
Me Altit : Est-ce qu’à votre connaissance, vos conversations étaient écoutées par les services français ?
Kassaraté : A l’époque, à la présidence, il y avait un service d’écoute français. Ce service-là, dont nous avons la preuve, je sais qu’ils (les français, ndlr) écoutaient nos communications.
Me Altit : Alors, on va revenir un tout peu là-dessus. Donc vous parlez de la présidence de la République ? C’est ça ? Et vous parlez du palais ?
Kassaraté : Oui, du palais présidentiel. Quand vous entrez au palais, il y a une entrée par derrière et juste à environ cent (100) mètres, il y a ce bureau-là, tenu par les services français.
Me Altit : Alors, ces membres du service français qui écoutaient les communications des autorités ivoiriennes, existaient depuis quand à la présidence ? Si vous le savez ?
Kassaraté : Je suis arrivé à la présidence en l’an 2000. Je sais qu’il y a longtemps qu’ils y étaient. Il y a un français qui s’appelle M. Cousquère qui gère les communications. Je crois qu’il y est encore.
Me Altit : Si je comprends bien ce que vous dites, est-ce que vous me dites que ce service d’écoute et de surveillance des autorités ivoiriennes en particulier la présidence est resté en place et a continué ses opérations pendant toute la durée de la présidence du président Gbagbo ?
Kassaraté : Oui, ce service existait et il existe encore, je crois.
Me Altit : Donc  vous dites à cette chambre qu’à votre connaissance, il y a toujours eu un service d’écoute des services français dans les locaux même de la présidence de la République ivoirienne ?
Kassaraté : Affirmatif, c’est un bureau qui existe. S’il n’est pas parti, on peut vérifier qu’il est encore là. Une fois avec le ministre Kadet, nous avons rendu visite physiquement à ce service-là. Je ne sais pas qui ils écoutent mais ce qui est sûr c’est un service d’écoute.
Me Altit : Est-ce que vous savez que ceux qui écoutent font partie de ce qu’on appelle l’intelligence des services secrets français ?
Kassaraté : Je ne saurais le dire sinon j’aurai menti mais je sais qu’il existe.
Me Altit : Est-ce que les communications de la gendarmerie, avant même cette période, je veux dire avant même la crise, et naturellement pendant la crise, étaient écoutées ou pouvaient être écoutées par les forces rebelles ?
Kassaraté : Je pense que oui (…)
Me Altit : Vous avez dit que vous êtes devenu gendarme en 1977. Combien de président de la République avez-vous connus ?
Kassaraté : J’ai connu tous les présidents : le président Houphouët-Boigny, le président Henri Konan Bédié, le président Guéi, le président Gbagbo et aujourd’hui le président Ouattara.
Me Altit : Etes-vous en train de dire que vous avez connu un arrière brillant sous chacun de ces présidents.
Kassaraté : Le président Gbagbo m’a fait honneur en me révélant au plan intérieur en me nommant…
Le général Kassaraté fut interrompu par le juge-président qui refuse qu’il fasse l’éloge de Laurent Gbagbo pour sa gentillesse et son humanisme. S’en suit alors un échange plus ou moins tendu entre le juge-président Cuno Tarfusser et l’équipe de défense du président Laurent Gbagbo. Après un temps d’accalmie, Me Altit a poursuivi son contre-interrogatoire. Mais le général Kassaraté a profité pour faire une mise au point
Kassaraté : Avec votre permission M. le président, notre presse locale fait souvent des commentaires désobligeants. Si je n’ai pas fini ma pensée, demain on va lire autre chose. C’est pour cela si vous le permettez, je vais le dire rapidement, j’ai fait une bonne carrière et le président Laurent Gbagbo m’a nommé commandant de la gendarmerie (…)
Juge-président : Merci de nous le faire remarquer mais ce procès n’est pas là pour les médias. (…) Excusez-moi, éprouvez-vous quelque craintes que ce soit ?
Kassaraté : Non, aucune crainte.
Juge-président : Je répète pour dire que vous êtes ici pour répondre aux questions. Vous ne vous exprimez pas à l’attention du monde extérieur mais bien pour cette cour. Me Altit.
Me Altit : Nous allons quitter ce terrain. (…) est-ce que votre appartenance ethnique a joué dans vos nominations successives ?
Kassaraté : Non !
Juge-président : Je voudrais vous demander votre appartenance ethnique ?
Kassaraté : Je suis Krou, dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire. (…)
 
Me Altit : M. Kassaraté, nous allons continuer notre petit exercice. Pouvez-vous nous dire si la gendarmerie est composée de troupes et d’officiers, en général de plusieurs origines ethniques ou confessionnelles ?
Kassaraté : La gendarmerie est une armée de métier. Donc à la gendarmerie, nous ne parlons pas de troupes. C’est un terme qui s’applique aux militaires. Nous avons des officiers et sous officiers de toutes les origines, qui rentrent à la gendarmerie sur concours.
Me Altit : Qui était le 1er ministre lors de la cérémonie du 7 août 2010 ?
Kassaraté : Sauf erreur de ma part, ce devait être M. Soro Guillaume.
Me Altit : Est-ce qu’il était présent à cette cérémonie ?
Kassaraté : Il était présent.
Me Altit : Vous nous avez expliqué que la sécurisation des élections avait été faite par les FDS, les FAFN et l’ONUCI. Vous vous souvenez ?
Kassaraté : Oui.
Me Altit : Qui discutait pour l’Etat major des FDS et qui discutait pour l’Etat major des rebelles ?
Kassaraté : Pour les FDS, c’est le chef d’Etat major, le général  Philippe Mangou ; pour les forces nouvelles, c’était le général  Bakayoko.
Me Altit : Qui  était l’adjoint du général  Bakayoko ?
Kassaraté : L’adjoint du chef d’Etat major des forces nouvelles était Wattao.
Me Altit : Il est en poste aujourd’hui ?
Kassaraté : Oui, il est le commandant de la garde républicaine.
Me Altit : Et le général Bakayoko, il fait quoi aujourd’hui ?
Kassaraté : Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite.
Me Altit : Est-ce qu’à votre connaissance, il y a eu des incidents lors du 1er tour des élections ?
Kassaraté : En ma connaissance, il n’y a pas eu d’incidents.
Me Altit : Est-ce qu’on peut dire que les conversations entre les FDS, les FAFN et l’ONU, pour la mise en œuvre des mesures arrêtées, ont été un succès ?
Kassaraté : Oui, puisque c’est ensemble que tout a été préparé.
Me Altit : Les FAFN, qui ont sécurisé le pays lors du 1er tour des élections avec les FDS, après leur mission, où sont elles allées ?
Kassaraté : Ils ont rejoint Bouaké, où était leur état major.
Me Altit : Est-ce qu’on peut dire que l’état major des rebelles se trouvait à Bouaké ?
Kassaraté : Oui.
Me Altit : Comment était organisée la structure militaire des forces nouvelles ?
Kassaraté : Je ne saurais vous le dire avec précision ; puisque je n’étais pas dans leur état major. Mais ils avaient divisé la zone nord en plusieurs zones, commandée chacune par un chef de zone.
Me Altit : Des chefs de zone qu’on appelait com’zone. C’est cela ?
Kassaraté : C’est des abréviations.
Me Altit : Etes-vous allé, depuis le moment où on vous a nommé à la tête de la gendarmerie, en zone rebelle pour des raisons diverses ?
Kassaraté : En  zone CNO, quand la confiance était revenue entre les deux entités, on se rencontrait souvent, à Bouaké, Korhogo.
Me Altit : Donc, ce que vous dites, c’est qu’il y avait des discutions fréquentes entre responsables militaires ?
Kassaraté : C’est cela.
Me Altit : Et depuis quand ?
Kassaraté : Depuis les accords, avec l’installation du CCI. Les discussions ont eu lieu, soit à la demande de l’ONUCI, soit des deux états-majors.
Me Altit : Est-ce que vous pouvez nous dire depuis quand ces entretiens entre responsables gouvernementaux et forces nouvelles ont débuté ?
Kassaraté : Je pense que de façon effective, c’est sous les accords de Marcoussis.
Me Altit : Est-ce que ces rencontres avaient lieu sous le parapluie des forces françaises ?
Kassaraté : Oui, les soldats français participaient aussi à ces réunions.
Me Altit : Vous voulez dire qu’à ces réunions, il y avait les responsables militaires du gouvernement, des forces nouvelles et des soldats français. C’est bien ça ?
Kassaraté : Oui, avec l’ONUCI.
Me Altit : Donc vous êtes alléS les voir ; ils sont venus vous voir. Vous connaissez un peu la structure de leur armée ?
Kassaraté : Oui, je connaissais des chefs qui sont issus des FDS. Notamment le gnéral Bakayoko, le général Gueu Michel.
Me Altit : Est-ce que la structure des forces nouvelles était plus ou moins calquée sur celle de l’armée officielle ?
Kassaraté : Non, parce qu’il y avait l’état major. A côté, il y avait un directeur de la gendarmerie et de la police qui s’appelait M. Tuo Fozié, qui est aujourd’hui préfet de Bouna, au nord-est de la Côte d’Ivoire.
Me Altit : Les unités de l’armée des forces nouvelles étaient-elles bien organisées, disciplinées ?
Kassaraté : Maître, je crois que seuls leurs chefs pourront l’attester.
Me Altit : Vous avez dit que la zone nord était divisée en plusieurs portions, chacune commandée par un chef. C’est ça ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Chacun de ces chefs de zone disposait-il ses propres troupes ?
Kassaraté : Oui, chaque chef avait ses éléments.
Me Altit : Pouvez-vous nous donner le nom du chef de chaque zone ?
Kassaraté : Ca va être très difficile de ma part ; puisque je n’avais pas leur organigramme. Je sais qu’à Séguéla, il y a eu d’abord Koné Zakaria. Ensuite, quand il est parti, il y a eu Issiaka Ouattara dit Wattao.
Me Altit : Il dirigeait la compagnie anaconda. C’est ça ?
Kassaraté : Je crois que c’est ça.
Me Altit : Quelle fonction Wattao avait-il au sein de l’armée des forces rebelles ?
Kassaraté : Il était l’adjoint du chef d’état-major.
Me Altit : Vous souvenez-vous du chef de la zone de Man ?
Kassaraté : Oui. C’était Losséni. On l’appelait Loss. Et il y est encore. (…)
Me Altit : A votre connaissance, il y a-t-il eu des crimes commis entre le 28 novembre 2010 c’est-à-dire la fin du second tour des élections et le 15 décembre 2010 par des rebelles ou des éléments du RHDP ?
Kassaraté : En ma connaissance non, je ne dis pas que ce n’est pas possible mais je n’en n’ai pas eu connaissance.
Me Altit : Lors de votre témoignage il a été question de la proclamation des résultats et notamment, il a été question de la CEI et d’un communiqué de la CEDEAO, etc. Vous vous souvenez de tout ça… Selon vous, qui est habilité à proclamer les résultats de l’élection présidentielle selon la constitution ivoirienne ?
Kassaraté : Il y a d’abord plusieurs structures, d’abord la commission électorale indépendante, ensuite le conseil constitutionnel. On nous a dit aussi que l’ONUCI avait un pouvoir de certification. Mais je n’ai pas eu un document sous la main d’une autorité gouvernementale.
Me Altit : Nous allons passer à un autre point. La marche du 16 décembre, on en a abondamment parlé. Vous vous souvenez ?
Kassaraté : Oui, effectivement.
Me Altit : Vous nous expliquiez qu’il y avait deux origines à l’information. Une télévision qui émettait à partir du golf et la télévision nationale. Qu’est-ce que vous entendiez par « la télévision du golf » ?
Kassaraté : On recevait des émissions à partir d’une chaine qui était installée au golf. C’est ce qu’on nous a dit. Et cette chaine émettait en direction des populations.
Me Altit :  Il s’appelle comment cette chaine ?
Kassaraté : Je ne me rappelle pas avec exactitude.
Me Altit : Donc d’après ce que vous dites, c’était une chaine qui donnait les points de vue d’Alassane Ouattara à ses partisans, c’est ça ?
Kassaraté : Affirmatif !
Me Altit : C’est donc sur cette télévision que les appels à la manifestation du 16 décembre ont été entendus ? C’est ça ?
Kassaraté : Affirmatif.
Me Altit : Est-ce que vers la fin de la crise c’est-à-dire mars-avril, est- ce que, à votre connaissance, les programmes de la radio-télévision ivoirienne (RTI) c’est-à-dire la télé et la radio officielles étaient brouillés ?
Kassaraté : Pendant les moments de crises, elles étaient périodiquement brouillées mais après tout a été rétabli.
Me Altit : Donc quand ils étaient brouillés, la seule source d’information, c’était la télévision pro-Ouattara. C’est ça ?
Kassaraté : Oui, oui, parce qu’elle émettait. Il y a des zones où c’était perceptible et il y a des endroits où ce n’était pas perceptible.
Me Altit : Savez-vous si l’antenne de la RTI qui émettait à Abobo a été attaquée ?
Kassaraté : Oui, c’est le commando invisible qui a fait ça parce que c’était surveillé par des gendarmes depuis lors. (…)
La tension dans la salle est montée d’un cran. Le général Kassaraté répondait aux questions de Me Altit. Le juge-président Cuno Tarfusser a même proposé d’aller à huis clos. Mais le général a opposé un refus catégorique.
Kassaraté : M. le président, j n’ai pas de problème à le faire en public.
Juge-président : Eh bien, poursuivons alors. (…)
 
La suite de l’audience s’est tenue dans une ambiance plus ou moins bonne. Le juge-président a levé l’audience qui reprendra demain jeudi 16 mars 2017.
Mercredi 15 Mars 2017


Les commentaires

1.Posté par maitre djakpata le 18/03/2017 21:30
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